Depuis les prestigieux congrès organisés au début du 20ième siècle jusqu’au Prix de la Chimie du Futur actuel, Solvay a toujours eu pour tradition d’encourager les progrès de la recherche scientifique. Avec pour moteur non seulement l’amour de la science, mais également son intérêt de longue date pour l’intelligence collective.

Rares sont les entreprises telles que Solvay à avoir entretenu tout au long de leur histoire des relations aussi étroites avec les scientifiques et les chercheurs. Cette relation privilégiée tient sans doute en partie au fait qu’Ernest Solvay, fondateur de l’entreprise, était lui-même un scientifique. La veille de son 23ième anniversaire, il a breveté un procédé de production de carbonate de sodium avec du sel marin, de l’ammoniac et de l’acide carbonique. Le carbonate de sodium est par la suite devenu la principale activité de l’entreprise, et le point de départ de son succès. Ce premier brevet a été invalidé par les autorités scientifiques belges, qui ont considéré que cette réaction chimique était connue en théorie depuis longtemps et ne méritait pas de faire l’objet d’un brevet. Mais loin d’être découragé, Ernest Solvay a déposé deux ans plus tard un second brevet décrivant l’équipement et les opérations successives plutôt que le principe lui-même. C’était en 1863, et l’aventure Solvay venait tout juste de commencer.   
 
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Au fil des décennies suivantes, la production de carbonate de sodium a valu à Solvay une formidable réussite. Mais même à la tête d’une entreprise florissante, Ernest Solvay n’avait rien perdu de son goût pour la recherche ni de sa proximité avec le monde scientifique. Pour lui, mettre à profit le pouvoir de la science pour faire des affaires n’était pas un but en soi. Il aimait à dire que son activité d’entrepreneur poursuivait un seul objectif : lui procurer une indépendance financière lui permettant d’assouvir sa passion pour la recherche scientifique. Il voulait encourager la science à progresser constamment sans tenir compte de ses applications pratiques, et savait que le meilleur moyen pour y parvenir consistait à réunir les esprits scientifiques les plus brillants de son époque, afin qu’ils échangent leurs idées. Il estimait par ailleurs que toutes les sciences étaient dignes d’intérêt, y compris les sciences sociales, et qu’elles devaient être accessibles à tous.

A la fin du 19ième siècle, l’entreprise Solvay était renommée pour son esprit visionnaire. Elle avait mis en œuvre un programme de protection sociale d’avant-garde pour ses employés, et soutenait la recherche universitaire de plusieurs manières. Célèbre pour le nombre de fondations créées, son fondateur était même surnommé le “Carnegie belge”. “Cette tradition de soutien à la recherche universitaire pure a généré une quantité phénoménale d’avancées dans de nombreux domaines scientifiques”, déclare Nicolas Coupain, Corporate Heritage Manager chez Solvay. L’importante dimension personnelle résultant des liens personnels qu’entretenait Ernest Solvay avec de nombreux scientifiques, à qui il accordait des subventions sur ses fonds propres, ne saurait occulter le rôle majeur joué par l’entreprise.

Ernest Solvay s’est ainsi forgé une réputation de mécène scientifique. C’est la raison pour laquelle Walther Nernst (1864-1941), célèbre chimiste allemand, s’est tourné vers lui lorsqu’il a pris conscience de l’impossibilité de rester cantonné en Allemagne et de la nécessité pour lui et ses congénères de trouver un moyen de dialoguer avec leurs homologues en France, en Angleterre, aux Pays-Bas, etc.
 

Le congrès scientifique le plus prestigieux au monde

L’idée d’organiser ce qui allait devenir le principal événement scientifique mondial est-elle née de là ? Quoi qu’il en soit, Solvay invitait en 1911 les physiciens les plus brillants à se réunir pour discuter de leurs recherches à l’Hôtel Métropole de Bruxelles, à l’occasion d’un congrès scientifique international entré dans l’histoire comme le premier Congrès Solvay. Walther Nernst et Max Planck (1858-1947), célèbres physiciens allemands, étaient les principaux organisateurs de cette manifestation présidée par Hendrik Lorentz, physicien danois lauréat du Prix Nobel en 1902.
 Solvay Council of Physics 1911, Belgium

Ce congrès a eu un impact considérable. Non content de créer un précédent, Ernest Solvay a rapidement décidé de le pérenniser en fondant l’Institut International de Physique Solvay en 1912. En fait, il a été rapidement décidé que ces congrès ne se limiteraient pas à la physique, et l’Institut International de Chimie Solvay a été créé l’année suivante dans le but d’organiser des événements similaires pour la chimie. Les deux instituts ont fusionné en 1970 pour devenir l’Institut International de Physique et Chimie Solvay.

En quoi ce premier congrès d’Ernest Solvay et de ses amis scientifiques en 1911 était-il extraordinaire ? Tout d’abord, la liste des participants, déjà impressionnante à l’époque, continue à frapper les esprits de tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la science au siècle dernier, car il s’agit probablement du plus incroyable rassemblement de sommités scientifiques de toute l’histoire. On ose à peine imaginer le niveau des débats entre Albert Einstein, Marie Curie, Henri Poincaré, Martin Knudsen, Paul Langevin, Max Planck, Walther Nernst et Hendrik Lorentz, rassemblés dans la même pièce pour discuter des théories physiques les plus  pointues… Pour l’anecdote, Albert Einstein, alors âgé de 32 ans, était le physicien le plus jeune après Frederick Lindemann, un physicien britannique devenu conseiller de Winston Churchill dans les années 1950. 

Ce premier Congrès Solvay a également favorisé une percée scientifique majeure. Axé sur le thème “la théorie de la radiation et des quanta”, il portait sur les problèmes liés à une double approche, en l’occurrence la physique classique et la théorie des quanta, ouvrant ainsi la voie à une toute nouvelle perception de la physique qui allait rapidement évoluer au fils des ans. “En fait, les six ou sept premiers congrès Solvay ont tous permis à la science de progresser à pas de géants”, affirme Nicolas Coupain. Ernest Solvay avait vu juste : rassemblez les plus grands esprits scientifiques dans une même pièce, et de nouvelles idées germeront. C’est à la fois simple et efficace. 


Conseil-de-Physique-1927

Le 5ième congrès qui a eu lieu en 1927 est également entré dans les livres d’histoire en accueillant un fameux débat entre Albert Einstein et le physicien danois Niels Bohr (1885-1962), qui a posé les fondations de la physique quantique, une théorie qui a permis le développement de technologies que nous considérons comme essentielles dans notre vie quotidienne, comme l’énergie et les communications numériques.

Enfin, il convient de souligner que les Congrès Solvay ont été entièrement financés par Ernest Solvay sur sa fortune personnelle. Il ne s’agissait pas d’un événement sponsorisé par une entreprise pour améliorer son image, mais de l’initiative d’un homme qui aimait la science et avait foi en elle. Fidèle à ses convictions, il accordait une liberté d’action totale aux scientifiques conviés, en créant un comité scientifique indépendant pour établir l’ordre du jour et la liste des invités de chaque congrès. Les Instituts de Solvay avaient quant à eux pour mission de “soutenir et encourager la recherche libre dans la physique, la chimie et les domaines associés, dans le but d’élargir et d’approfondir la connaissance des phénomènes naturels”. Une mission qui perdurera malgré les vicissitudes du 20ième siècle…